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Parmi tous les mythes qui émaillent les discussions de comptoir, il y en a qui sont plus récurrents que les autres : les mythes sur le cerveau. On aimerait tellement découvrir que nous avons des capacités de télépathie ou de télékinésie, on est tellement intrigué par le mystère de la conscience qu’on est prêt à accepter n’importe quel gloubiboulga aux dehors scientifiques du moment qu’il nous conforte dans notre quête du grand mystère et nourrit notre optimisme. Ces neuromythes peuvent toutefois porter préjudice au plus grand nombre quand ils sont mobilisés pour justifier des politiques éducatives inefficaces – voire dangereuses.

1. On utilise 10% de notre cerveau

Légende urbaine parmi les légendes urbaines, popularisée, entre autres, par la bouse Lucy, euh pardon je voulais dire le film Lucy : en fait, le cerveau humain serait trop puissant et aurait des super pouvoirs mais on ne les utilise pas parce qu’en fait on sait pas, mais si on était à 100% on serait trop fort. C’est n’imp’.

D’où ça vient : D’une déformation des recherches en neuroscience par une partie des médias amateurs. En gros, la distinction entre matière grise et matière blanche au sein du cerveau a donné naissance à ce genre d’énorme mythe dans lequel se sont engouffrés tous les paraphysiciens avec leur lot de croyances surnaturelles et tous les amateurs de chiffres insolites.

Pourquoi c’est faux : Parce que scientifiquement, via l’imagerie cérébrale, on démontre qu’on n’utilise pas du tout 10% de notre cerveau. On en utilise bien plus.

2. Ecouter de la musique classique rend plus intelligent

Là encore, une croyance qui a la vie dure : exposés à de la musique classique, les enfants deviendraient plus intelligents et auraient de meilleures notes face à des tests psychologiques et logiques.

D’où ça vient : Dans les années 90, des chercheurs ont comparé les effets cognitifs des écoutes consécutives d’une sonate de Mozart et d’une musique relaxante façon yoga face au silence par des candidats soumis à une batterie de tests. Ceux-ci avaient des résultats significativement meilleurs aux questions d’orientation spatiale (et uniquement là) quand ils étaient confrontés à l’écoute de Mozart.

Pourquoi c’est faux : Mais l’étude n’a pas pu être reproduite et contrairement à ce que l’on essaie de nous vendre, d’un point de vue scientifique, l’effet Mozart n’existe pas.

3. Chaque élève a un sens privilégié pour l’apprentissage

Ma mère ne cessait, quand j’étais petit, de me répéter que j’avais une mémoire auditive. Il existe en effet une croyance tenace selon laquelle chaque individu apprend mieux quand un de ses sens, celui avec lequel il est le plus en phase, est stimulé. Mouais.

D’où ça vient : On sait pas trop. Un truc répété, déformé, amplifié.

Pourquoi c’est faux : Aucune étude neuroscientifique n’a pu démontrer qu’un type d’apprentissage convenait mieux à un certain type d’individu. On n’a pu prouver aucune causalité d’aucune sorte.

4. Certaines personnes utilisent plutôt leur cerveau gauche, d’autre leur cerveau droit

On associé volontiers le cerveau gauche à la logique et l’analyse et le cerveau droit à la créativité et l’imagination. Et de ce fait, quand on voit un mathématicien un peu rugueux, on se dit qu’il doit être plutôt cerveau gauche, alors que quand on voit un chanteur de rock, on pense qu’il utilise plutôt son cerveau droit.

D’où ça vient : D’une paganisation immédiate de recherches en neurosciences. L’imagerie cérébrale a permis d’isoler les zones du cerveaux en fonction de leur intérêt dans le traitement de l’information et la fabrication des idées. On sait donc quelle zone est stimulée dans une situation précise. Pour autant, l’idée qu’on n’utiliserait pas toutes les zones et que l’on serait donc en quelque sorte conditionné par un fonctionnement cérébral est une simple extrapolation sans aucun fondement scientifique de cette seule analyse de l’imagerie cérébrale.

Pourquoi c’est faux : Parce qu’aucun chercheur en neuroscience n’a réussi à démontrer qu’une personne utilisait plutôt une partie de son cerveau qu’une autre.

5. On peut stimuler son cerveau en faisant des exercices

Le cerveau est un muscle et un muscle, ça s’entretient. Voilà en gros la promesse du très juteux marché de la Brain Gym : des exercices physiques visant à optimiser le développement du cerveau. Si la pratique de certains jeux a une incidence prouvée sur le reflux de la maladie d’Alzheimer, ce n’est pas vrai sur le cerveau sain. Faire de la Brain Gym pourrait tout simplement n’avoir aucun effet.

D’où ça vient : Parce qu’on a envie d’y croire et que dans une société où l’objectif est sans cesse de repousser ses limites pour devenir meilleur, l’idée selon laquelle on peut devenir plus intelligent en faisant des efforts est séduisante.

Pourquoi c’est faux : Parce qu’aucune recherche n’a permis de prouver que la Brain Gym apportait quoi que ce soit dans un sens ou dans un autre au cerveau : aucune connexion cérébrale supplémentaire après une séance ni à long terme.

6. On ne fait que perdre des neurones toute sa vie

Au XX° siècle, on pensait que les humains naissaient avec un stock de neurones qui ne ferait que s’amenuiser au fil du temps (notamment quand on se cognait la tête).

D’où ça vient : D’un postulat scientifique faux dont la postérité a la vie longue.

Pourquoi c’est faux : Depuis les années 90, on sait que certaines zones du cerveau sont capables de générer des neurones tout au long de la vie. Les conditions environnementales peuvent avoir une incidence directe sur notre capacité à générer ces neurones.

7. Dans l’apprentissage, tout se joue au cours de la très petite enfance

L’idée est que si on a un développement cognitif super stimulé avant notre cinquième année avec plein de stimuli de tous les côtés, on sera sur les rails pour devenir des petits génies plus tard. Après, il sera trop tard donc passez votre chemin vous serez bons pour devenir comptables.

D’où ça vient : D’une mauvaise compréhension de ce que les neuroscientifiques et les chercheurs en sciences de l’éducation nomment les périodes sensibles. Ces périodes, qui apparaissent généralement tôt dans la vie, sont des moments où le cerveau est demandeur de nouveauté et de curiosité et où un enfant qui serait confronté à un apprentissage qu’il aime pourrait développer dans ce domaine des compétences élevées.

Pourquoi c’est faux : Les périodes sensibles existent bel et bien, mais il ne s’agit pas de périodes critiques au sens où si on rate le coche, on n’est pas foutu pour autant. La capacité d’apprentissage ne s’éteint pas. Les apprentissages peuvent être plus difficiles en dehors des périodes sensibles, mais pas du tout impossibles.

8. Le mythe de l’intuition

L’intuition relève de l’illogique, du surnaturel : on posséderait naturellement des capacités à prévoir, sentir les choses, une habilité héritée de nos ancêtres qui auraient développé ce don pour survivre au milieu des bêtes sauvages. Les femmes seraient particulièrement sensibles à l’intuition en raison de leur rôle de protectrices pour les enfants (j’ai envie de vomir).

D’où ça vient : Du goût humain pour l’irrationnel, d’une part, et surtout d’une illusion de corrélation. On se disait que quelque chose pouvait se prévoir et pouf ça se produit : dès lors, on se souvient de sa prédiction. Si la chose ne s’était pas produite, on ne s’en souviendrait pas.

Pourquoi c’est faux : Parce que cela ne repose sur aucun fondement scientifique et qu’en revanche le mécanisme de démonstration empirique peut être cassé avec des arguments massue, comme l’illusion de corrélation ou encore le biais de familiarité (un copain est malade et l’on se fait tester parce qu’on se dit que si un ami est malade, on pourrait l’être aussi – s’il s’avère qu’on est malade, on prendra ce cheminement pour un signe, pour de l’intuition).

Ça donne envie de se mettre aux neurosciences.

Sources : France culture, Fondation LAMAP

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