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Non, en vrai, on n’est pas en train de muter. La réalité, c’est que ce sujet d’étude est extrêmement récent – il n’excède pas 10 ou 15 ans – et que les expériences probantes sont rares. Il est presque sûr que l’utilisation d’Internet n’a pas modifié l’équilibre général de notre cerveau, mais qu’il a profondément changé notre psychologie sociale, notre rapport à la lecture et à l’information. Et ça, c’est corroboré par de nombreuses études.

1. Internet déglingue notre mémoire à court terme

L’étude date de 2011. A Columbia, des psychologues ont demandé à deux groupes distincts de saisir des phrases lues par ailleurs dans un ordinateur. A l’un des groupes, ils expliquaient que ces phrases seraient conservées par l’ordi ; à l’autre, non. Ils ont ensuite testé quelques minutes plus tard le souvenir qu’avaient les étudiants des phrases ainsi tapées. Le groupe qui pensait que l’ordinateur mémoriserait leur saisie avaient en grande majorité oublié l’essentiel du texte qu’ils venaient de taper.

Conclusion : quand on sait que l’information est disponible à tout moment, on a tendance à ne pas la retenir.

2. Internet améliore notre capacité à réaliser plusieurs tâches en même temps

Toutes les études ne sont pas concluantes, en la matière, mais il semblerait toutefois que notre capacité à travailler sur plusieurs supports en même temps tout en étant sujet à des sollicitations permanentes ait favorisé l’émergence de stratégies cérébrales visant à classer et hiérarchiser plus vite les informations de façon à se concentrer sur l’essentiel. Ce qui est marrant, c’est qu’à l’IRM, ce genre d’attitudes active la mémoire visuelle, au même titre que le sens de l’orientation. Il s’agit de projeter des chemins à emprunter.

3. Internet modifie notre rapport à la lecture

Enfin pas tout à fait. Ce que l’on sait, c’est que les structures du cerveau activées par la lecture d’une page imprimée et celles sollicitées par la lecture d’une page web ne sont pas les mêmes. Quand on lit un livre, ce sont les aires du langage et de la mémoire qui travaillent ; quand on lit une page Internet, ce sont celles liées à la prise de décision et à la résolution de problèmes qui s’activent.

En réalité, nous avons développé une nouvelle manière de lire. Mais pour l’heure, elle ne s’applique pas aux supports de lecture classique.

4. Non, vraiment, ça a modifié notre rapport à la lecture

Les études montrent qu’on lit sur Internet jusqu’à 500 mots par minute, mais qu’on ne lit que 28% du contenu de ce qu’on consulte. Autrement dit : on balaye. La lecture sur Internet est une lecture analytique, le cerveau se mettant à la recherche de mots-clés et cherchant à maximiser la rapidité d’obtention de l’information. Heureusement qu’on fait pas ça avec des bouquins, hein.

5. Selon certains chercheurs, le web inférerait avec notre capacité logique

La logique, c’est la capacité à relier des événements et/ou des informations entre elles afin de dessiner un cheminement linéaire. Or, plusieurs études et ouvrages de chercheurs (notamment Google nous rend-il idiot ?) montre que cette capacité d’association entre idées et sujets s’exerce par l’approfondissement des informations que l’on apprend qui ouvrent sur de nouvelles informations. Mais la consommation d’information sur Internet ne répond que rarement à ce type de pratique. La plupart des études montrent que l’usage général consiste à survoler les sujets plutôt qu’à les approfondir, ce qui pourrait à terme atteindre notre capacité de raisonnement.

6. L’arrivée d’Internet a réduit notre capacité de concentration

En gros, jusqu’en 2000, on estimait que la capacité d’attention humaine était de 12 secondes. En 2015, une étude a montré empiriquement que cette durée était descendue aux alentours de 8 secondes. Les chercheurs attribuent ce changement à l’irruption du smartphone. Des enquêtes ont montré que 88% des moins de 30 ans avaient pour habitude de se saisir de leur téléphone quand rien ne retenait leur attention au dehors.

7. Internet nous place en état de distraction perpétuelle

En 2016, une étude a montré que les détenteurs de smartphones consultaient leur téléphone plus de… 2600 fois par jour. Soit plus de cent fois par heure, si on ne dort pas. C’est colossal. Certains psychologues s’alarment que cet état de distraction perpétuelle n’éloigne l’homme de sa capacité à créer, innover et se renouveler, trois activités qui nécessitent une capacité de travail sur le temps long.

8. Internet contribue à polariser la société

C’est le principe de la bulle, et c’est directement lié aux réseaux sociaux. On finit par n’accéder qu’aux informations qui confirment ce que l’on pense déjà. Les personnes de gauche auront donc tendance à ne lire que des informations de gauche, celles de droite itou et cette logique tend, par principe de validation implicite, à polariser encore plus les avis et à favoriser les positions extrémistes : puisque tout me donne raison, je suis de plus en plus énervé que tout le monde ne pense pas comme moi.

9. La profusion d’information nous rend plus inopérant pour avoir un avis

En gros, les études cognitives tendent à montrer que si on vous noie d’informations, votre cerveau n’aura pas le temps de se faire un avis à propos de chaque information à laquelle il aura accès. De ce fait, on en vient à être passif par rapport à la société et à ce qu’il se passe, faute de réussir à se positionner clairement sur les différents sujets. Par ailleurs, une étude de Stanford prouve que cette même profusion modifie notre structure de hiérarchisation de l’information : le cerveau est attiré prioritairement par les nouveautés et non pas par les choses importantes.

Un corollaire de ces observations est l’émergence d’une société publique de la pensée tout haut, via les forums : les gens ne sachant plus vraiment ce qu’ils pensent, ils s’expriment pour le savoir.

10. Internet nous détourne des moments de solitude

Car on n’est plus jamais seul quand on checke son smartphone cent fois par heure. Et de ce fait, les moments d’introspection, de contemplation, de réflexion ou de simple repos disparaissent peu à peu de nos vie au profit d’une stratégie de l’occupation.

Y’a pas que du mal, hein.

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