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« J’ai vu des choses… rondes », voilà ce que l’on avoue, un peu dans la gêne, à l’issue de notre première prise de contact avec la transe chamanique. Un « état modifié de conscience », comme disent les spécialistes, dans lequel on a encore vu apparaître une sorte de tunnel, avec des anneaux, comme un œsophage, puis le plancher de la gueule d’un requin. « Il y a aussi eu un œil de requin, son regard, fixe », poursuit-on en relevant que cette dernière image est davantage un souvenir, lors d’une plongée en vacances, plutôt qu’une création de l’esprit. « Intéressant », rebondit Claire Barré. « Il est possible que ce soit votre animal-totem, qui apparaît généralement lors des premières transes. »

La femme fluette, souriante, cheveux non teints et tatouages apparents a accepté de nous recevoir dans son salon, comme elle ne le fait que pour les intimes. Un échange précède cette séance d’initiation. Autour d’un thé, elle nous livre le déroulé de ce à quoi l’on va bientôt être soumise. Mais aussi son parcours à elle, scénariste et romancière arrivée au chamanisme en voyant apparaître un Indien au beau milieu de sa cuisine… À la suite de cet épisode (qui rappelle l’étrange film de Jim Jarmush, Dead Man, avec Johnny Depp, lui fait-on remarquer), plutôt que de filer à Saint-Anne, Barré est partie en quête du sens de cette vision. C’est-à-dire à la recheche de l’identité de l’Indien, Sitting-bull, et de résoudre la question de savoir ce que le grand chef faisait dans sa cuisine en particulier. Cette apparition l’a conduite à s’initier au chamanisme depuis 2014. C’est ce qu’elle a retranscrit dans le livre, Pourquoi je n’ai pas écrit de film sur Sitting Bull, paru chez Robert Laffont en 2017.

Se laisser aller

Une fois nos interrogations taries, Claire Barré nous propose de nous allonger sur le canapé, dans une position confortable. Les yeux bandés par un khata, un foulard de prière aux esprits mongole – ce n’est pas obligatoire, mais ça aide à garder les yeux fermés –, deux pierres dans les mains, une ronde, une anguleuse, la séance peut débuter. Celle-ci dure une quarantaine de minutes, au rythme syncopé du tambour amérindien, de chants gutturaux, de cliquetis de hochet et de graines montées en bracelet au poignet de la chamane. Les sons se déplacent, désorientent notre perception, il n’y a plus qu’à se laisser aller…

Séance de chamanisme chez Claire Barré

© Mégane Chiecchi

Lorsque la séance s’achève, on se redresse, dénoue le foulard, le salon est plongé dans une lumière de fin du jour. La chamane brise le silence : « Ça va ? Comment ça s’est passé ? » « Étonnant », lui dit-on. Parce qu’en esprit cartésien branche dure, réfractaire à toute forme de lâcher-prise, il faut avouer que l’expérience se révèle intense. D’abord parce que le son du tambour résonne de façon intense – on a l’impression d’avoir le cœur qui sort de la cage thoracique – et puis parce que oui, des images se sont invitées dans notre espace mental. Sur lesquelles il faut ensuite mettre des mots, oraliser – ce qui est une première interprétation.

Retour de voyage

Assise sur le tapis, sa coiffe à côté d’elle, c’est au tour de la chamane, de raconter ce qu’elle a « vu », comme au retour d’un voyage, puisque son rôle, nous apprend-elle, est de « guider » la personne venue participée à la transe. « Au début, je surplombais une espèce de lac noir à l’intérieur de votre torse, comme de la lave qui se serait durcie. Vous êtes quelqu’un qui a une énergie très, très forte, plus forte que la moyenne. Vous avez une énergie de lave, de feu. » On l’interrompt parce que cela évoque une des « choses rondes », le sommet aplati du cratère d’un volcan ancien, apparu parmi les premières images. Pour elle, le volcan sommeille à l’intérieur de nous ; « une puissance maîtrisée, refroidie, rendue solide », dit-elle. « Une rigidité qui vous coupe de vos capacités. » Il sera encore question dans ses visions à elle, de racines sous nos pieds, d’un don contenu dans nos mains, de notre feu intérieur, « une énergie positive et assez rare, même s’il vous a un jour débordé », et d’un dragon aussi, peut-être un autre animal totem ?

Séance de chamanisme chez Claire Barré

© Mégane Chiecchi

Nous voilà donc parée, à l’issue d’une première séance, de deux animaux totem possibles, requin ou dragon, cela reste à préciser, tous deux « puissants », comme le précise la chamane, et non pas « négatifs », comme on s’en inquiète. Même chose pour la force volcanique révélée lors de la séance, dont, nous dit-elle « vous vous privez, en la canalisant, en la laissant refroidir »… À Claire Barré enfin, dont le patronyme plaide en sa défaveur, de nous expliquer que « cet état alternatif de conscience, qu’est la transe, n’a rien de magique ». Il nécessite, ensuite, « un jeu de lecture des choses vues, sur le plan symbolique ». Alors, art divinatoire, comme les cartomanciennes, ou accoucheur de pensées enfouies ? C’est avec une âme de chaudière tournant pleins gaz que l’on referme la porte de notre premier voyage en terres chamanes.

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