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Elle prend son temps, Brigitte Macron. Elle savoure. Elle écoute, elle pose des questions, elle accepte tous les selfies, elle allonge la visite, débordant de l’horaire. Depuis la crise des Gilets Jaunes, l’épouse du président de la République n’était pas venue si loin de Paris. « Cette visite était prévue de longue date, c’est le lieu où je dois être, ce projet m’importe. » Ce vendredi, elle s’est donc déplacée jusqu’à Bar-le-Duc, invitée par « le chevalier Bern », qui lui offre son bras pour descendre dans le noir les escaliers cassés du théâtre des Bleus de Bar. Une salle, construite en 1902, qui servit de refuge aux Poilus, fut réquisitionnée par l’armée allemande, transformée en salle de gymnastique et menacée de démolition. En avril 2016, trois Barésiens l’ont achetée. Il faudrait 1,5 million d’euros pour la restaurer et le dévouement des 70 bénévoles ne saurait suffire. Le loto du patrimoine, cette mission dont s’acquitte avec ardeur Stephane Bern, l’a sélectionné parmi ses 18 sites prioritaires et la bâtisse recevra 358 000 euros, de quoi entamer les premières mesures de restauration, les plus urgentes, celles faute de quoi l’édifice charmant court à sa ruine.

Brigitte Macron manifeste là son amitié pour « Monsieur Patrimoine », mais l’observant, on devine que la première dame savoure ce bain de foule, le premier ensoleillé après un terrible hiver. Elle insiste sur l’importance du patrimoine, « de lieu pour faire du lien », « de nous relier à nos racines pour nous lier à l’avenir. On a besoin de liens en ce moment », répète-t-elle encore, et encore. Et quand un bénévole, s’activant sur ce chantier à la Sysiphe, lui demande si elle pourra revenir pour l’inauguration en 2020, elle le promet. Et, ajoute, joueuse : « le président de la République peut vous faire un monologue ». L’assistance rit.

J’ai ressenti une immense tristesse

Un monologue présidentiel, tiens donc. Nous demandons à Brigitte Macron comment elle a traversé ces semaines de fièvre, de haine. Comment a-t-elle vécu son effigie brûlée sur les ronds-points ? « Les Français ont besoin de savoir qu’on les aime. Ils ont un président qui les aime. » Elle parle doucement, soucieuse d’être bien comprise. Comment a-t-elle personnellement ressenti le saccage de l’Arc de Triomphe, cette Marseillaise à la joue trouée, le visage arraché ? « J’ai ressenti une immense tristesse. Oui, de la tristesse. Ils ne savent pas ce qu’ils font. » La phrase, pour moitié, est celle dite par Jésus-Christ, agonisant sur la croix, sauf que lui ajouta « pardonnez-leur ». On le lui fait remarquer, elle ne reprend pas ce thème du pardon, mais précise sa pensée. « J’ai été saisie par ce qui s’est passé. Ils n’ont pas compris ce qu’ils faisaient, il faut leur expliquer. Le dialogue a été rétabli. Il faut que les gens de différents horizons se voient, qu’ils se parlent. Cela n’est pas assez fréquent, et c’est un problème. »

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Elle insiste sur l’importance de la diversité, d’une conversation plurielle, élargie, hors « de son cercle d’interlocuteurs », et à l’écouter, on songe qu’elle avait compris depuis l’été que quelque chose se crispait dans le pays, dans ses périphéries, où l’on peut sacrifier tous ses week-ends pour sauver un théâtre en péril. A-t-elle, depuis la crise, envisagé de modifier son rôle ? « Non, mon agenda est le même. Je n’aime pas trop l’exposition, mais je peux passer beaucoup de temps avec ceux qui demandent à me rencontrer. C’est plus discret, j’aime ces rencontres. Je peux mieux capter ce qui se passe et en parler au président. Je lui dis mon appréciation, c’est la mienne. C’est compliqué, car je ne suis pas élue moi, c’est lui qui a été élu, mais si je peux aider, je le ferai, j’irai à la rencontre. J’aurais voulu comprendre ce qu’on ne comprend pas. » Quelques instants plus tôt, dans le foyer du théâtre, elle a demandé à Stephane Bern s’il se souvenait des derniers mots de Voltaire. « Je meurs en adorant Dieu, en aimant mes amis, en ne haïssant pas mes ennemis, en détestant la superstition », a-t-elle récité. Elle sourit.

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