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Paris a la tour Eiffel, Rome, son Colisée. Les cités du littoral croate, elles, revendiquent… leurs cordes à linge. Au point de faire naître un mouvement de résistance chez une foule d’anonymes et de personnalités publiques, relaie Courrier International. Les autorités de l’île de Solta étaient sans doute loin d’imaginer une telle fronde, cet été, lorsqu’un règlement communal vient rappeler aux habitants qu’il leur est « interdit de faire sécher à l’extérieur linge, draps, tapis, torchons et autres objets susceptibles de défigurer l’aspect des façades ». L’amende encourue est d’ailleurs non négligeable : 2 000 kunas, l’équivalent de 300 euros.

D’autres villes et îles emboîtent le pas à la municipalité dalmate, comme Rijeka, Pag ou Mljet. C’en est trop pour la population, rapidement soutenue par des journalistes, architectes et artistes en tous genres. « L’interdiction des tiramoli (“cordes à linge”, en dialecte dalmate) est-elle une mesure liée à l’aménagement urbain ou s’agit-il d’un coup de grâce au patrimoine méditerranéen et à la tradition littorale  ? », se questionne notamment le quotidien Jutarnji List, témoignages à l’appui.

« Les cordes à linge font partie de l’identité urbaine »

Pour l’architecte Nikola Basic, « les cordes à linge font partie de l’identité urbaine et du paysage des villes méditerranéennes ». « Si elles ne gênent pas à Venise, pourquoi posent-elles tant de problèmes aux puristes urbains croates, alors qu’ils ne sont pas gênés par la pollution visuelle des publicités ? » s’interroge-t-il encore. L’écrivain Miljenko Jergovic abonde : « Les “tiramoli” sont le drapeau de la Méditerranée et de chaque famille. Les grandes et petites culottes, les draps, les chemises font partie de notre intimité cachée, qui n’est visible que quand elle est accrochée à la corde à linge. C’est le drapeau de notre inconscient et de notre pauvreté joyeuse », estime-t-il, appuyé par son collègue Ivica Ivanisevic : « Lorsque vous étendez votre linge sur une corde, vous composez votre profil familial. »

Célèbre sculptrice de Zagreb, Marija Ujevic Galetovic s’insurge elle aussi : « En supprimant les cordes à linge des villes adriatiques, on est en train de les transformer en musées. Or, une ville, ce n’est pas seulement son architecture, c’est la vie qui s’y affiche. Il ne nous reste plus qu’à acheter un sèche-linge ou bien à résister à la bêtise administrative, qui se justifie par les impératifs prétendus du tourisme. »

« On préfère montrer aux touristes une carte postale stérile »

Plus pragmatique, l’essayiste Dragan Markovina avance un argument économique : le tourisme, l’un des piliers de l’économie croate. « À la place de la vie réelle, on préfère montrer aux touristes une carte postale stérile des villes, de plus en plus en proie à la gentrification », dit-il au site d’information Telegram.

La ville de Dubrovnik, la plus visitée du pays, a semble-t-il entendu la colère des révoltés. Début août, elle a annoncé qu’elle ne sanctionnerait pas le séchage du linge en extérieur, précise tportal. De son côté, Courrier International mentionne que le règlement adopté par plusieurs municipalités du littoral n’est pas appliqué, et qu’aucune sanction n’a été prise à l’encontre des contrevenants.

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