Dick le rebelle, Dick Turpin, par Nath-Didile

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J’aimais beaucoup regarder « Dick le rebelle » dans Récré A2 quand j’étais enfant. Je tremblais devant mon petit écran en suivant les aventures palpitantes de ce bandit au grand cœur. Il faut dire que j’appréciais déjà les films de cape et d’épée mêlant drame historique, aventure et comédie. Dans cette série, il y avait le cocktail idéal pour passer un bon moment d’évasion quand on était un jeune spectateur : des intrigues, des bagarres, des combats à l’épée, des courses poursuites à cheval et bien sûr une bonne dose d’humour.
J’aimais aussi beaucoup le générique avec le cavalier masqué dans la nuit sombre et brumeuse (un côté « burtonnien » !) qui nous plongeait directement dans l’atmosphère aventureuse de la série. Et la superbe musique soulignait le côté épique et dramatique.

Voici le générique.

L’histoire

En 1740, Dick Turpin, fils d’agriculteur, brillant cavalier et maître épéiste, revient en Angleterre après trois ans de service militaire en Méditerranée. De retour chez lui, il découvre que quelqu’un a utilisé son nom tout en accomplissant des actes sans scrupule et qu’avant de pouvoir être dénoncé comme imposteur, il a été pendu. Turpin est donc présumé mort. Il découvre aussi qu’en son absence, le seigneur local, Sir John Glutton, a escroqué ses parents, pris leur ferme, qu’ils sont morts de faim et qu’il a donc été privé d’héritage. Désormais sans le sou, il devient un bandit de grands chemins essentiellement pour survivre.

Sa croyance en la liberté et sa propre justice font de lui un hors-la-loi dans le monde périlleux et corrompu de l’Angleterre du 18ème siècle.

Dans le premier épisode, qui se déroule en mars 1740, on apprend qu’un de ses anciens ennemis, le capitaine Nathan Spiker, travaillant pour Sir John Glutton, menace d’expulser Mary Smith, une amie de Dick, et son fils Nick, de leur auberge « The Black Swan » (Le Cygne Noir) s’ils ne payent pas 20 guinées.
Un peu plus tard, Dick Turpin, déguisé en médecin (ce qui peut sans doute s’expliquer par le fait qu’il se cache, étant présumé pendu), est abordé dans la campagne par un bandit masqué qui prétend être Dick Turpin lui-même et qui n’est autre que le jeune Nick, essayant d’obtenir de l’argent pour payer Spiker. Aprés quelques péripéties, il décide de prendre Nick sous son aile et de l’appeler Feu Follet, nom qu’un célèbre bandit portait avant lui, lui souhaitant ainsi d’avoir sa chance.
Ainsi débutent les aventures de Dick le rebelle et de son fidèle Feu Follet.

Série et téléfilm

La série télévisée britannique de 31 épisodes de 25 mn a été créée par Richard Carpenter (scénariste spécialisé dans le drame historique) et produite par Paul Knight et Sidney Cole.

Elle a été diffusée en Angleterre entre 1979 et 1982 sur ITV (réseau de télévision privé au Royaume-Uni). En France, elle est passée dans l’émission Récré A2 sur Antenne 2 en 1981 et 1982. Elle a été rediffusée sur Canal+ en 1985 puis une dernière fois en 1990 sur La Cinq dans l’émission « Youpi ! L’école est finie ».

Il y a eu 4 saisons en tout mais la 3ème, constituée de 5 épisodes, est à part, elle n’a en effet aucune continuité avec le reste de la série.
Les créateurs, forts du succès des deux premières saisons, avaient en effet décidé de s’associer aux producteurs américains RKO pour réaliser un long métrage intitulé « La plus grande aventure de Dick Turpin ». Il fut projeté dans les cinémas américains puis diffusé à la télévision britannique sous la forme d’une série en cinq épisodes.

L’histoire se déroule en partie dans l’Amérique d’avant l’indépendance. La jeune Américaine Jane Harding de la Providence du Maryland se rend en Angleterre avec des preuves visant à discréditer le tyrannique gouverneur Appleyard. Pendant ce temps, Dick Turpin a une liaison avec Lady Melford et manque de se faire surprendre dans sa chambre par son mari. Leurs chemins se croisent inévitablement

Ces 5 épisodes spéciaux ont été remontés ensemble en 1987 puis diffusés en tant que téléfilm sur canal+ en crypté. Ils ne sont jamais sortis en DVD chez nous.

L’intégrale contenant les 26 autres épisodes est parue dans un coffret de 4 DVD chez l’éditeur « RV Films » et distribué par « LCJ éditions et productions ».

A signaler que les saisons 2 et 4 n’en constituaient qu’une seule au départ, qui a été scindée en deux. 

Donc en résumé :
Saison 1 : 13 épisodes
Saison 2 : 7 épisodes
Saison 3 : 5 épisodes (téléfilm)
Saison 4 : 6 épisodes

La série connut un grand succès en Angleterre. Les feuilletons ne duraient que 25 minutes par conséquent les intrigues n’étaient pas très complexes, les scénarii étaient plutôt simples mais très efficaces et bien ficelés, chaque épisode était mené à un rythme haletant avec beaucoup d’action.

Acteurs
 

Les acteurs étaient vraiment excellents et très crédibles dans leur rôle.

Le comédien britannique Richard O’Sullivan (né le 7 mai 1944) incarnait parfaitement Dick le rebelle. Il avait 35 ans lors du tournage.
Parallèlement il
 tournait dans la sitcom comique « Robin’s Nest ». Après la fin de Dick Turpin, il a joué dans « Me and My Girl », une autre sitcom, qui dura jusqu’en 1988 (générique français à voir ICI). C’était un acteur de comédie avant tout et il était connu pour ça. Le rôle de Turpin lui a permis de montrer une autre facette de son talent.
Un jour sur le tournage, un accessoiriste était venu lui dire « Je m’inquiète pour toi, tu ne m’as pas encore fait rire ». Il lui a répondu « Je prends ça comme un grand compliment, ce n’est pas censé être drôle ». Ce à quoi l’accessoiriste a rétorqué « Dans ce cas, tu es un bon acteur ». De quoi ensoleiller la journée de Richard O’Sullivan ! 

Après 1988, sa carrière s’est essoufflée avec seulement une poignée de rôles. Le dernier était dans un film sur le golf intitulé « Holed » en 1996. En 2003, il a subi un grave accident vasculaire cérébral et vit depuis à Brinsworth House, une maison pour artistes à la retraite.

Ci-dessous dans « Holed » en 1996 et en 2019.

Richard O’Sullivan était doublé en français par Dominique Paturel, la voix de JR Ewing, Jonathan Heart, Steve Austin, David Vincent (« Les Envahisseurs »), Hannibal (« Agence tous risques ») et Robin des Bois (Disney).
Pour la saison 3, le téléfilm, Dick est doublé par Patrick Poivey (la voix de Bruce Willis).

Michael Deeks (né le 18 avril 1956) était Feu Follet, l’apprenti bandit de grand chemin. Il avait 23 ans lorsqu’il a été choisi pour le rôle.
Il a continué à apparaître dans quelques séries britanniques. Il a ensuite dirigé un pub dans le Buckinghamshire pendant plusieurs années.

L’acteur disait de son personnage « Il n’est particulièrement brillant en rien. Il essaie… mais il continue de tout gâcher. Il va cependant s’améliorer ».
Le scénariste Richard Carpenter le décrivait comme « Un garçon ordinaire, joyeux, impétueux et volontaire. Il ferait n’importe quoi pour Turpin mais fait généralement tout de travers. Au départ Turpin pense que Nick est trop jeune pour l’accompagner car naïf, imprudent et trop enthousiaste ».

Michael Deeks était doublé par Thierry Bourdon (Willy dans « Arnold et Willy », Terry dans « Candy », Ramis dans « Albator », Noumaios dans « Ulysse31 », Thierry dans « La bataille des planètes »). 

Richard O’Sullivan et Michael Deeks étaient vraiment complices durant le tournage. Ils plaisantaient souvent autour de leur soutien aux équipes de football rivales de Londres, Chelsea (O’Sullivan) et Spurs (Deeks).

Christopher Benjamin (né le 27 décembre 1934) jouait le rôle de Sir John Glutton, le maire et seigneur du comté de Hertford.
C’est Jacques Ebner qui lui prêtait sa voix. Celui-ci était surtout connu pour son doublage de Higgins dans « Magnum », Kermit dans  » 1, rue Sésame » et Nono dans « Ulysse 31 ».
Sir John Glutton est décrit par Carpenter comme « voracement avide… la richesse et le pouvoir sont ses abus… Turpin est son ennemi parce qu’il défend la liberté de la tyrannie ».

Le rôle du Capitaine Nathan Spiker, l’homme de main de Glutton et vieil ennemi de Turpin, était tenu par David Daker.
Selon Carpenter, le personnage est un homme « grand, raide, sardonique et vaniteux. Il appartient à la classe moyenne et souhaite ne pas l’être… c’est un fasciste du XVIIIe siècle… il croit au statu quo. Cependant, il est aussi un peu lâche, comme en a été témoin Turpin lors de la guerre des Flandres lorsqu’ils servaient ensemble ».
L’acteur britannique était doublé par Michel Gatineau, un fameux doubleur lui aussi puisque c’était la voix du professeur Procyon dans « Goldorak », de Horst Tappert dans « Inspecteur Derrick et Michael Landon dans « La Petite Maison dans la prairie » (et « Les Routes du paradis »).

Dans la saison 3 (la saison constituant un téléfilm), il y a eu plusieurs acteurs connus : Patrick MacNee (John Steed dans « Chapeau melon et bottes de cuir »), Donald Pleasance (Blofeld, l’ennemi de James Bond dans « On ne vit que deux fois » et le psychiatre dans « Halloween » aux côtés de Jamie Lee Curtis). Et Mary Crosby (fille du chanteur Bing Crosby, elle jouait le rôle Kristin Shepard, la sœur de Sue Helen dans « Dallas »).

Vile crapule

Richard Dick Turpin (son nom complet) a réellement existé. C’était un voleur certes mais aussi un meurtrier. Il est né en 1705 à Hempstead, dans le Kent et fut pendu dans les environs de York le 7 avril 1739, car reconnu coupable de deux vols de chevaux

Pour les besoins de la série télévisée, l’action se déroule après sa pendaison, en 1740.

Après son exécution, Dick Turpin devint un personnage légendaire et héroïque. Une figure du folklore anglais dans les ballades et dans le théâtre populaire aux 18ème et 19ème siècles, puis au cinéma et à la télévision au siècle dernier.
Cette version édulcorée et embellie de l’histoire trouve son origine dans un roman du 19ème siècle de William Ainsworth intitulé « Rockwood » (1834) qui a popularisé le mythe de Dick Turpin et de sa jument Black Bess.

Paul Knight, le producteur de la série, racontait à propos du personnage : « Nous savions que le vrai Turpin était un méchant et un égorgeur. Ce n’était pas le genre de type susceptible de faire vendre une série à succès pour enfants. Nous avons donc suivi la légende et fait de lui une figure à la Robin des Bois ».

Richard Carpenter, le scénariste, soulignait « qu’il était plus intéressé par la légende que par la vérité ». Il décrit ainsi sa version du hors-la-loi : « Notre Turpin est en milieu de carrière et vit dangereusement. Il est impudent, audacieux, c’est un juge habile de la faiblesse humaine avec des nerfs d’acier. Il a le sens de l’humour et c’est également un joueur. Il se mêle toujours des problèmes des autres car sous son extérieur dur, il a un cœur chaleureux ».
 

Richard O’Sullivan de son côté a déclaré : « Oui, c’est un voyou… il vole les riches pour rester en vie. Mais s’il y a quelqu’un dans une situation difficile, il peut se montrer très charitable. Nous l’avons rendu un peu plus romantique pour la série. Dans la vraie vie, il n’hésitait pas à couper la tête des gens avec son couteau de boucher. Nous l’avons transformé en une sorte de gentil méchant, volant les riches pour lui-même mais aidant ses amis lorsqu’ils ont des ennuis. » 

Dans la série, le héros vole effectivement sans réel discernement, et bien qu’il ait son propre code de l’honneur, son objectif est quand même de gagner de l’argent pour lui-même. Il redistribue parfois mais aux gens qu’il connaît personnellement. Ce n’est donc pas vraiment un justicier défendant les opprimés à la Zorro ou Robin des Bois mais cependant il n’hésite pas à se battre quand la vie d’un paysan est en danger… ou si une jolie demoiselle a besoin d’aide, c’est aussi un coureur de jupons !

Lieu de tournage

La série a bénéficié d’un gros budget pour recréer les décors, les costumes et l’atmosphère de la campagne britannique du 18ème siècle.
Le tournage a eu lieu en grande partie à Ockwells Manor, un manoir à pans de bois situé dans le Berkshire en Angleterre (à environ 50 kms à l’ouest de Londres), qui a été construit par Sir John Norreys entre 1442 et 1446.
Dans la série, c’était la demeure de Sir John Glutton.

Voici des photos actuelles du manoir.

Et ci-dessous deux images issues de la série. Ça n’a que très peu changé à l’extérieur depuis le tournage de 1979.

L’équipe de production cherchait un lieu à utiliser pour la maison de Sir John Glutton, et ils ont rapidement réalisé que ce manoir pouvait être utilisé pour de très nombreuses scènes. En 1979, le producteur Sydney Cole a déclaré : « Notre série se déroule en 1740… mais bien sûr, nous pouvions utiliser une maison construite avant cette époque ».

Le bâtiment était vide depuis huit ans mais disposait de toutes les installations électriques et de drainage nécessaires à une production de l’époque. « C’est absolument idéal », avait déclaré le directeur artistique Martin Atkinson, « Cela aurait pu être fait pour nous. Une grande partie des meubles à l’intérieur sont authentiques ».

Comme les salles de cette période étaient généralement grandes, il y avait beaucoup d’espace pour les caméras ainsi que pour les acteurs.

On aperçoit la verrière héraldique de la grande salle dans cette scène de duel à droite entre Turpin et Spiker. 

Ci-dessous les vitraux en gros plan dans le manoir actuel. Ils datent du 15ème siècle eux aussi.

Dans ces autres scènes avec Turpin et Glutton, on peut apercevoir la grande salle et une partie des vitraux.

Voici cette même salle aujourd’hui.

Ici les escaliers où ont lieu régulièrement des poursuites et des combats (images du film et photo actuelle).

À l’extérieur, les jardins et les écuries servaient de lieux de tournage et également de base de production abritant la garde-robe, les accessoires, le maquillage et le bureau.

 Ci-dessous l’arrivée aux écuries dans un des épisodes, image doe la série et photo actuelle.

Des travaux de restauration ont été effectués sur Ockwells Manor en 1986. Il est actuellement (octobre 2023) en vente à 7 950 000 livres.

Pour la saison 3, qui constitue un téléfilm à part, il y a une qualité d’image cinématographique et des moyens considérablement accrus. Cela a permis à la production d’utiliser de nouveaux lieux, notamment un quai, des ruelles étroites de la ville et deux grandes maisons de campagne, ainsi que des scènes de foule nettement plus peuplées.

Cascades

La plupart des cascades et des scènes de combats a été réalisée par les acteurs eux-mêmes, coachés par le coordinateur de cascades Peter Diamond, qui avait notamment travaillé en tant que maitre d’armes avec Roger Moore sur « Ivanhoé » et mis en place de nombreuses cascades sur « Doctor Who » dans les années 60.
Petit détail amusant, Peter Diamond était aussi acteur et il a notamment joué l’homme des sables qui attaque Luke Skywalker dans l’épisode 4 de « Star Wars » en 1977 
(ci-contre à droite). Il a aussi joué des snowtroopers et stormtroopers dans les épisodes 5 et 6.

Richard O’Sullivan a passé deux semaines avec lui à apprendre à se battre, à sauter et à tomber, notamment un saut de 15 pieds (4mètre 50) depuis un balcon dans un épisode. Il a même dû arrêter de jouer au football pendant le tournage pour ne pas se blesser.

Il a également dû suivre des leçons d’équitation : « Cela faisait près de vingt ans que je n’étais pas monté à cheval, j’ai dû tout recommencé » a t’il déclaré.  Il a passé un mois à prendre des cours mais lorsqu’il a fait sa première monte sur Fury, l’étalon espagnol utilisé pour Black Bess (le nom de la jument du vrai Dick Turpin), il n’a pas pu l’arrêter. « Puis à la dernière minute, il s’est arrêté… il me testait. Ma manière de le diriger était bonne. Il s’agissait, comme me l’a dit mon moniteur, de faire comprendre au cheval qui était le patron ! ».

L’acteur s’est blessé sur le tournage du dernier épisode : « J’étais censé descendre de cheval. Mais je suis tombé maladroitement en me retournant et je me suis pincé un nerf. Cela m’a paralysé du côté droit. Je n’ai pas pu bouger pendant trois semaines ».

Générique

La musique est de Denis King qui a aussi écrit celle de « Black Beauty » (Prince noir) en 1972. D’ailleurs on reconnait bien la patte du compositeur. Il a créé des thèmes musicaux pour plus de deux cents séries télévisées.

Au début du générique, quand le gibet apparait à l’écran, on peut entendre des notes de clavecin, instrument typique du 18ème siècle qui donne un côté mystérieux. Puis ça enchaine sur un rythme très entrainant avec le tambour qui accentue le côté héroïque et aventureux.

Voici le thème en entier :

Et ICI un morceau doux au clavecin faisant partie de la bande originale composée par Denis King.

Le générique d’ouverture, réalisé par Gerry Poulson, a été tourné de nuit avec des silhouettes éclairées par de grands projecteurs, de la fumée tourbillonnante et une teinte bleuté.

Produits dérivés

Il n’y a eu que très peu en France.
Quand j’étais enfant, j’ai eu la chance d’avoir un jeu de cubes en plastique avec des photos de la série, je l’aimais beaucoup. Je rêve d’ailleurs de le retrouver un jour. 

Il y a eu des livres et des BD en anglais. Et ci-dessous deux puzzles.

Ici un pistolet en jouet. 

Et des vues View Master.

Sourcelescopainsd-abord.over-blog.com

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