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Drôle de spectacle matinal à l’école vétérinaire d’Alfort ce mercredi 10 juillet. Vingt-sept moutons broutent paisiblement la pelouse du terrain de foot, à la grande surprise des employés, peu habitués à voir ces bêtes en proche banlieue parisienne. Amusés, et après avoir immortalisé ce moment en photo, ils s’approchent des bergers en plein rangement de leur campement pour en savoir plus sur leurs animaux.

Originaires du parc départemental Georges-Valbon à La Courneuve (Seine-Saint-Denis), ces moutons sont partis quatre jours plus tôt – le samedi 6 juillet – pour une grande transhumance dans le Grand Paris. De Saint-Denis aux quais de la capitale, en passant par les Lilas, le bois de Vincennes, Arcueil, Versailles ou encore Saint-Cloud, ils vont parcourir 140 kilomètres en douze jours à travers 35 communes.

Montrer que les moutons ont leur place en ville

« Cette transhumance a pour objectif de montrer que les animaux ont leur place en ville », explique Vianney Delourme, journaliste à Enlarge Your Paris – un média qui promeut la banlieue parisienne et qui organise l’événement avec la coopérative Bergers urbains. « Une vie de mouton, c’est de pouvoir manger de la nourriture de qualité. […] Là on fait la démonstration qu’il y a tous les aliments dont les moutons ont besoin en ville. »

« Allez ! Hop ! Hop ! » Il est presque 9 h 30, les bergers commencent à rassembler leurs moutons pour partir. Premier défi : quitter l’école vétérinaire. Arbres, pots de fleurs, mauvaises herbes sur un trottoir… Tout est bon à brouter pour les moutons, qui n’hésitent pas à faire de petits détours pour goûter l’herbe qui leur semble toujours plus verte ailleurs.

Le parcours comporte des zones plus compliquées que d’autres comme ici sur le pont d’Alfortville à Ivry-sur-Seine, au bord d’une départementale avec beaucoup de circulation. Les bergers ne lâchent pas leurs bêtes des yeux.

© Thibaut Déléaz / Le Point

Dans les rues de Maisons-Alfort, d’Alfortville puis d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), ce troupeau de moutons qui marche sur le trottoir et traverse les passages piétons comme si de rien n’était interpelle les passants et automobilistes qui, amusés, s’arrêtent pour prendre des photos. L’occasion pour l’équipe de leur expliquer le but de l’opération.

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« Ils sont 60 normalement, basés dans le parc de La Courneuve, mais là, on n’a pris que les plus gaillards, ceux qui marchent bien », explique Mélodie, une bénévole de l’association. D’habitude, ils sont loués, via la coopérative Bergers urbains, pour la tonte d’espaces verts. Parmi les bergers, certains sont bénévoles, d’autres consacrent tout leur temps aux moutons, comme Marianne. Ancienne juriste, elle a décidé il y a deux ans de tout plaquer pour devenir bergère et a « appris sur le tas ». « Je m’amuse trop ! »

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Arbres, pots de fleurs, mauvaises herbes le long du trottoir… Les moutons se détournent de leur trajet au moindre signe de verdure pour brouter.

© Emmanuel Durget / Le Point

Un an d’organisation

Pour assurer sa sécurité, le convoi exceptionnel est escorté par la police municipale. « C’est beaucoup d’organisation, glisse Vianney Delourme. Ça fait un an qu’on prépare ça : il a fallu aller rencontrer les services des 35 villes traversées, les départements, la région, la préfecture de police, les services sanitaires… » Il a même fallu monter une « mini-transhumance » en septembre dernier « pour montrer aux autorités que c’était faisable en toute sécurité ». « Mais, partout où nous sommes allés nous avons été bien accueillis. »

Les policiers eux-mêmes se prêtent au jeu, sourire aux lèvres et téléphone à la main, multipliant photos et selfies devant le troupeau. « Il faut qu’on verbalise ça comme déjection canine sur la voie publique ? » plaisante l’un d’eux auprès de ses collègues en montrant du doigt une crotte de mouton.

Charles-Édouard, la star du troupeau

Charles-Édouard, avec sa moumoute sur le dos, est le leader du troupeau. Cette tonte particulière aide les bergers à le retrouver rapidement parmi les autres.

© Thibaut Déléaz / Le Point

L’une des bêtes attire tous les regards. Charles-Édouard, la star du troupeau, arbore une moumoute de laine sur le haut du dos. « C’est un footballeur, lui, avec sa coupe », se marre un passant. « C’est le leader du groupe, explique Marianne. C’est lui qui fait la liaison entre le troupeau et le berger, et, dans un gros troupeau, ça aide à le reconnaître facilement. Là, on a gardé la tradition pour le folklore. »

Après deux heures de marche et une pause, le convoi arrive au parc départemental des Cormailles, à Ivry-sur-Seine. Un petit arrêt devant un point d’eau pour se désaltérer et les moutons sont libres de brouter en paix la pelouse du parc. Des enfants ont fait le déplacement avec les animateurs de leur centre aéré et écoutent les bénévoles leur parler des moutons.

Au parc des Cormailles (Ivry-sur-Seine), les curieux venus voir les moutons se mêlent au troupeau pour un grand pique-nique.

© Thibaut Déléaz / Le Point

Vers midi, une quarantaine de personnes, principalement des familles avec leurs enfants, ont fait le déplacement jusqu’au parc pour rencontrer les bergers et partager un pique-nique. Les moutons, eux, naviguent entre les groupes et se couchent à l’ombre des arbres pour ruminer et se reposer avant de reprendre la balade dans l’après-midi, accompagnés des Grand Parisiens curieux venus rejoindre la transhumance. Et ce ne sera pas de tout repos pour les bergers : « Les gens sont parfois plus difficiles à gérer que les moutons », glisse Vianney Delourme.

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