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La grève à la SNCF dure depuis près d’un mois, mais les cheminots de 2019 sont loin de battre le record de leurs collègues des… colonies. En 1947, au Sénégal, ce qu’on n’appelait pas encore un « mouvement social » bloque les trains durant plus de cinq mois. Les revendications ne visent pas, comme aujourd’hui, le régime des retraites, mais le statut – déjà ! – des cheminots sénégalais. Ils veulent les mêmes droits que leurs collègues français, notamment un salaire équivalent et la faculté de progresser comme eux dans l’entreprise. Celle-ci, l’Office central des chemins de fer de la France d’outre-mer, exploite dans les colonies de l’Ouest africain (ainsi qu’au Cameroun, à Madagascar et au Vietnam) les lignes de chemin de fer édifiées depuis la fin du XIXe siècle. Pour des raisons historiques et géographiques, une autre société ferroviaire, la Compagnie du chemin de fer franco-éthiopien, a été créée pour s’occuper des 784 kilomètres de lignes entre la capitale de l’Éthiopie, Addis-Abeba, et Djibouti, la colonie française de la Corne de l’Afrique.

Après-guerre, ces deux sociétés emploient des métropolitains, souvent détachés par la SNCF. Puis vient la décolonisation des années 1960. Les États africains les nationalisent. Les cheminots français continuent pourtant, en nombre plus réduit, à y travailler, par le biais de l’Ofermat (Office français de coopération pour les chemins de fer et les matériels d’équipement). Jusqu’en 1975, la SNCF détache aussi des cadres pour assurer la direction générale et technique de la société de chemins de fer à Djibouti.

Seulement deux retraités

Tous bénéficient d’un régime spécial de retraite, qui perdure aujourd’hui. Faute de cotisants, la Caisse des dépôts et consignations, donc l’État, a repris en 1993 la gestion de ces régimes, qui répondent aux noms barbares de Caisse de retraite des régies ferroviaires d’outre-mer et Caisse de retraite du chemin de fer franco-éthiopien. Mais on est loin des dérives du régime spécial de la SNCF ou de la RATP. Le plus coûteux de ces deux régimes, celui des chemins de fer d’outre-mer, est financé par une contribution annuelle de l’État de 1,6 million d’euros, complétée par une aide de 18 760 euros de la SNCF. Par comparaison, l’État verse quelque 3 milliards d’euros chaque année à la SNCF pour assurer l’équilibre de son système de retraite. La Caisse du chemin de fer franco-éthiopien, elle, ne paye plus que 43 000 euros de pensions chaque année.

Il est vrai que les cheminots des ex-colonies ne sont plus très nombreux. On en dénombre 87 en 2018 pour la Caisse de retraite des régies ferroviaires d’outre-mer (11 retraités directs et 76 indirects, c’est-à-dire les conjoints qui bénéficient de la pension de réversion) et… 9 pour la Caisse de retraite du chemin de fer franco-éthiopien (2 retraités et 7 ayants droit) ! Et, évidemment, ces bénéficiaires disparaîtront bientôt. Les plus jeunes, qui sont tous des ayants droit, ont entre 64 et 69 ans (ils sont deux), et la plupart ont entre 92 et 100 ans (l’un ayant même plus de 100 ans). Ils ne manifestent sans doute pas pour défendre leur régime spécial, ils ne peuvent d’ailleurs pas jouer du rapport de force à la manière de la CGT : ils ne travaillent plus depuis belle lurette, et n’ont plus de trains entre Djibouti et Addis-Abeba à bloquer !

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