La source de cet article se trouve sur ce site

Vingt mille dollars. C’est la récompense alléchante qu’offre l’Américain Russ McKamey pour qui osera aller au bout de son manoir de l’horreur. Gare à qui pensera avoir trouvé là un moyen de gagner facilement de l’argent : personne n’est jamais arrivé au bout de « l’expérience » du McKamey Manor, qui dure plus de dix heures.

« Ce n’est pas la maison hantée à laquelle vous êtes habitués », prévient d’emblée le propriétaire sur son site internet. Au programme, quelques heures (ou minutes selon votre endurance) de tête-à-tête ultra gore avec des acteurs effrayants, enfermé dans un manoir en rase campagne à une centaine de kilomètres de Nashville, la capitale du Tennessee. Séjour dans un cercueil, bain de (faux ?) sang, attaque de morts-vivants, coups de taser… Rien n’est épargné aux téméraires qui tentent l’expérience.

Personne n’a jamais réussi à tenir dix heures dans le manoir hanté, ni à empocher la récompense de 20 000 dollars.

© Russ McKamey/Caters News/SIPA / SIPA / Russ McKamey/Caters News/SIPA

Une décharge de plusieurs dizaines de pages

Rendu célèbre par un documentaire de la série Dark Tourist sur Netflix, le McKamey Manor – auparavant situé à San Diego, Californie – passionne à nouveau les médias d’outre-Atlantique à l’approche d’Halloween. Signe qu’on ne rigole pas, les conditions pour venir se faire peur sont très strictes : il faut avoir plus de 21 ans (ou une autorisation parentale), être en excellente santé physique et mentale (certificat médical à l’appui) et passer un dépistage de drogues.

L’étape la plus redoutée, qui a fait la notoriété du manoir, est la signature d’une décharge de plusieurs dizaines de pages. Plusieurs participants n’ont même pas réussi à la signer, assurait Russ McKamey à Nashville Scene en février 2018. Florilège : « Le participant est informé que s’il est choisi pour la visite chez le barbier, il peut ressortir du manoir entièrement chauve, sourcils inclus » ; « Le participant est informé que des pièges à souris sont utilisés et peuvent conduire à des ecchymoses ou des fractures de doigts ». Il faut aussi accepter d’être « exposé à des températures extrêmes », « se faire attacher les mains et les pieds », risquer « l’arrachage de dents » ou encore des piqûres d’aiguilles. Bon joueur, le propriétaire vous laisse le droit de refuser deux des propositions de la décharge.

Lire aussi « Scary Stories » ou comment se faire peur dans le noir

Intervention de la police

Comment le McKamey Manor peut-il avoir le droit de pousser l’horreur à ce point ? « C’est légal parce que les gens se soumettent d’eux-mêmes à l’expérience », explique le procureur général du comté de Lawrence, Brent Cooper, à Nashville Scene. D’autant plus que, comme le prévoit la loi dans l’État du Tennessee, les participants peuvent renoncer à leur consentement à tout moment s’ils n’en peuvent plus.

La mise en scène peut tout de même donner lieu à des quiproquos. Quelques mois après son installation dans le Tennessee, la police est intervenue après qu’un témoin a signalé avoir vu « une femme hurler en étant traînée d’un véhicule ». Fausse alerte, il s’agissait d’une participante qui a pu confirmer aux forces de l’ordre qu’elle était bien consentante. Désormais, pour éviter tout malentendu, Russ McKamey prévient la police avant chaque session. Et pour se protéger d’éventuelles poursuites, il filme tout, et poste des extraits sur Internet.

Le manoir de l’horreur renferme tout de même une part de mystère. Comment se finance-t-il ? La légende raconte qu’il ne demanderait en guise de paiement qu’un sac de nourriture pour ses chiens. Sur son site, McKamey évoque plutôt un « don volontaire » pour « aider à financer votre événement particulier ».

« Juste un grand spectacle »

Reste que cette expérience hors norme n’est pas du goût de tout le monde. Dans les premiers mois qui ont suivi son installation près de Nashville, le procureur du comté assure avoir reçu de nombreuses plaintes de riverains. Sur les réseaux sociaux, plusieurs détracteurs, persuadés que le manoir est bien moins légal qu’il n’y paraît, appellent à son démantèlement.

Les images sont impressionnantes, mais Russ McKamey assure que ce n’est qu’un spectacle et que personne n’a jamais été blessé.

© Russ McKamey/Caters News/SIPA / Caters News Agency / SIPA

Peut-on vraiment être blessé comme le dit la décharge ? Personne ne l’a jamais été, assure Russ McKamey. « C’est juste un grand spectacle ! » rappelle-t-il dans le documentaire de Netflix. La décharge, et les nombreux risques qu’elle évoque, fait aussi partie de l’histoire et contribue à terroriser les participants plus qu’une maison hantée normale ne le ferait. Persuadé qu’il n’y a pas vraiment de limite et que le pire peut nous arriver, on est tout de suite beaucoup moins certain que le sang est faux, ou que cette hache ne tranche pas vraiment. Et la peur n’en est que plus réelle. « Les gens peuvent avoir des bosses, des bleus, des entorses et des coupures, concède le propriétaire des lieux à Nashville Scene. Mais vous pouvez aussi mourir à Disneyland. »

Comments

comments

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here